La vie au cœur de la mort

La vie au cœur de la mort
  • Comme ce serait bien si nous pouvions éviter de traverser l’épreuve des deuils qui entament nos vies ; quand nous sommes amputés d’un être cher, la souffrance est rude.

Et quand un décès arrive à la fin d’une vie accomplie, on l’accepte mieux, ont dit parfois : c’est dans l’ordre des choses. Et l’on peut regarder avec reconnaissance tout ce que le défunt a pu vivre et accomplir…

Oui, mais la tristesse de la séparation et le manque de la personne aimée n’en sont pas forcément moins vifs…

Mais si ce décès arrive trop tôt, emportant une personne jeune ou dans la force de l’âge, alors s’ajoute à la douleur tout un questionnement, de l’indignation, une douleur qui met des années à s’apaiser…

Même si le deuil n’est pas vécu de la même manière par chacun, cela dépend des personnes, des circonstances, mais aussi des époques, des cultures, il demeure des points communs entre les humains endeuillés: de la tristesse, de la douleur, et des questions et des peurs aussi….

Dans l’histoire du deuil de Lazare parti trop tôt, dans la douleur de ses sœurs, Marthe et Marie, dans l’acte de Jésus qui rend la vie à Lazare, il nous est donné un message précieux à propos de nos chemins de deuil. Pour autant que nous pas ce récit d’une manière trop immédiate, comme cette enfant qui dans une rencontre du culte de l’enfance, s’est révoltée : « ton histoire, je ne l’aime pas, moi je n’y crois plus, ce n’est pas vrai ! »

Elle venait de vivre un drame : une famille amie de la sienne venait de perdre leur enfant, et elle avait prié pour lui avec une totale confiance : Jésus n’est-il pas plus fort que la mort ? J’ai pu parler longuement avec elle, heureusement !

Si on lit attentivement le récit, la souffrance du deuil, les questions autour de la mort ne sont pas écartées, mais éclairées par le don de Vie comme une promesse. D’ailleurs, les premières communautés de croyants qui lisaient ce récit étaient en proie à de douloureux questionnements.

On leur avait annoncé un Évangile où Jésus offre la vie en plénitude, ils y avaient adhéré, et puis, les voilà projetés en pleine souffrance : parfois en rupture avec leur famille, parfois persécutés, devant affronter encore et toujours de grandes difficultés et la mort…

  • Qu’avaient-ils gagné à accepter de croire en Jésus ? Alors ce récit (tout l’Évangile de Jean) vient éclairer leurs chemins et leurs doutes, les aider à penser leur foi, leur dire que oui, Jésus est bien celui qui donne la vie en plénitude, oui, il le fait au nom de Celui qui l’a envoyé, Dieu, oui, Jésus est porteur de cette puissance de vie magnifique et nous la donne, mais cela ne gomme pas l’affrontement de la mort et des deuils, des oppositions …

Jésus est la Résurrection et la vie, oui, il est vainqueur de la mort de manière radicale, oui, il est promesse de Résurrection, mais il trace un chemin qui n’évite pas la mort

– et c’est tout le paradoxe de l’histoire de Lazare : Lazare sort du tombeau, c’est le signe suprême de vie donnée (auparavant dans l’Évangile, Jésus a accompli d’autres signes qui manifestent le don de Vie : d’abord il a changé l’eau en vin, il a guéri des personnes, il a nourri des foules et maintenant, il montre le signe suprême : il rend la vie à un défunt ! )

Ce geste suprême de don de Vie précipite la décision des grands prêtres et pharisiens de faire mourir Jésus

– et même dans la lancée, Lazare, témoin gênant … Jésus rend la vie à un mort et cela le mène directement à la croix, à la mort.

La croix qui sera le lieu de l’élévation et de la Résurrection !

Mais, en attendant, notre récit nous dit que la réalité de la mort et du deuil ne sont pas occultées, mais éclairées par la Vie que le Christ y révèle.

Jésus frémit intérieurement, il se trouble… Il est ébranlé, bouleversé, il pleure.

On ne sait pas exactement de quoi : est-ce devant son ami défunt, ou la tristesse de sa soeur ? Ou l’incompréhension des auditeurs ? Ou devant la perspective de sa mort dont il est conscient qu’elle s’approche? En tous les cas, il est ébranlé ; lui, qui est « la résurrection et la vie », (il vient de le dire à Marthe quelques versets plus haut), devant Lazare mort, il pleure….

C’est très rare que l’évangile mentionne explicitement une émotion de Jésus, et c’est d’autant plus touchant.

On le voit ici pleinement humain, sensible comme nous pouvons l’être, touché comme nous pouvons l’être, mais peut-être aussi se montre-t-il à ce moment

-même pleinement divin, conscient qu’un combat se livre entre les forces de vie et les forces de destruction.

Peut-être bien que Dieu est bouleversé devant les puissance de la mort et leur pouvoir de défaire, de détruire, de faire souffrir, et qu’il leur livre un combat pour leur tenir la dragée haute… (dans l’Ancien Testament des textes évoquent Dieu qui maintient à distance les forces du chaos qui menacent toujours de regagner du terrain. )

D’ailleurs la prière de Jésus à ce moment est une prière qui montre à quel point il est lié à Dieu : c’est une prière de louange, de communion entre eux. « Je te rends grâce que tu m’as exaucé… je fais cela afin que tous voient… »

Jésus n’est pas un homme doté d’un pouvoir spécial, non, il est envoyé de Dieu, porteur de Vie qui vient de Dieu.

Les 3 paroles de vie que Jésus prononce

« sors, déliez-le, laissez-le aller », peuvent résonner pour nous

– dans les lieux que nous savons solidement cadenassés tout à l’intérieur : peurs, blocages, fermetures, rancunes, sentiment d’échec, remords…

« Sors », c’est un appel à la libération de tous ces tombeaux symboliques où nous sommes enfermés, de tout ce qui nous ligote et nous empêche de vivre.

« Déliez-le, laissez-le aller » c’est un appel aussi à laisser vivre ce Lazarre !

  • On imagine bien ses sœurs, ses amis et les curieux, être tentés de l’étouffer de leur sollicitude, de leur amitié, de leur curiosité, comme nous risquons de l’être, parfois, avec l’un des nôtres, dans un amour étouffant…

Et Jésus prononce ces paroles de vie alors qu’il est en marche vers la mort, et il le sait.

Ainsi, la mort, le deuil, ne signifie ni l’absence de Dieu, ni son abandon. Dans cette histoire, c’est au cœur même de l’expérience de la mort que se révèle la vie, celle que Jésus offre en plénitude, et il nous est possible de l’accueillir maintenant !

ll nous invite à mettre notre confiance en Dieu, une confiance si forte qu’elle qui tient le coup alors même que nous faisons l’expérience des forces de destruction de la mort.

Les réactions des gens sont diverses, et nous invitent donc à nous situer, car rien nous ne oblige à accorder notre confiance au Christ ! Certains, touchés en plein cœur, réjouis, croient en Jésus le Christ

– ils ont compris le signe. On les retrouve en foule lors de l’entrée de Jésus à Jérusalem, le jour des Rameaux, à saluer le Christ ! Et ainsi va naître une communauté de croyants, où la vie se partage…

D’autres, dérangés par le succès de Jésus, fermés à son message de vie, fomentent sa mort, et dans la lancée, celle de Lazare.

Sans savoir que leur projet sera retourné par Dieu lui-même, car avec Lui la vie ne peut être étouffée ; la vie en plénitude n’est pas entamée par la mort dont nous faisons l’expérience à travers les deuils.

En fin de compte, ce récit est une invitation à la confiance, au courage (la force du cœur ), à l’espérance dans les expériences de deuil auxquelles nous n’échappons pas.

  • Le Christ qui a vaincu la mort a été ébranlé devant tombeau de son ami, il a pleuré devant la tristesse du deuil, il a rendu la vie à Lazarre, comme un signe de ce qu’il donne : la vie en plénitude, c’est comme un avant

-goût de sa Résurrection qui, elle, nous promet la Victoire définitive sur la mort.

Il n’a rien gommé de l’expérience humaine du deuil, mais il est venu l’ éclairer autrement.

De là notre confiance que Dieu n’est jamais absent, et qu’au cœur de la mort il révèle mystérieusement la vie.

Voilà notre source de confiance, de courage, d’espérance.
Jusque dans nos deuils.

AMEN Daphné Reymond

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